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Batman Begins, Christopher Nolan

Depuis Memento puis Insomnia, Christopher Nolan n’est plus le réalisateur qui bricole des films indépendants, il est aussi devenu un réalisateur capable de faire des blockbusters. Et il le prouve avec Batman Begins, exercice d’autant plus difficile que non content d’embrasser les codes du blockbuster, Christopher Nolan choisi aussi l’univers extrêmement codé du comics. Il aurait pu prendre un superhéros mineur, inconnu du grand public, mais il préfère se concentrer sur un personnage bien connu du grand public, qui a fait l’objet déjà de nombreuses adaptations au cinéma dont l’une, mythique, par Tim Burton : Batman. Un superhéros passionnant, peut-être même le plus intéressant, parce qu’absolument et uniquement humain. Dès lors, commencer par les origines, c’est-à-dire ce qui a conduit Bruce Wayne à devenir Batman, prend tout son sens. Quatre ans avant The Dark Knight, Christopher Nolan livrait déjà une lecture noire et réaliste d’un univers de comics. À (re)voir.

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Raconter l’origine, la naissance d’un personnage, voilà un exercice apprécié des studios d’Hollywood. Le très récent Robin Hood de Ridley Scott en est le dernier représentant et il permet bien de comprendre l’intérêt de l’industrie du cinéma. Il est vrai que comprendre la naissance d’un mythe est aussi passionnant que fascinant. Comment un gars normal devient un personnage qui le dépasse, une légende qui transcende sa personne ? C’est aussi ce que raconte Batman Begins qui ouvre sur un Bruce Wayne enfermé dans une prison quelque part en Asie, sans doute en Chine. On ne sait pas ce qu’il fait là, mais d’emblée le film montre sa force et sa maîtrise des arts martiaux, en même temps que sa volonté de détruire le mal partout où il peut se trouver. Un jour, un homme mystérieux arrive et l’incite à rendre visite à un mystérieux sage censé le libérer de ses propres peurs et se dépasser. Libéré aussitôt, il part tout en haut de la montagne où il découvre une sorte de secte qui entend libérer le monde du mal, ce que Bruce voulait aussi faire. Mais il ne veut pas de leurs méthodes, brutales dirons nous : pour éradiquer le mal de Gotham City, ils veulent tout simplement tuer tous ses habitants. Croyant encore en la possibilité de sauver la ville, Bruce revient à Gotham City avec une seule idée en tête : éradiquer la mafia et la corruption. Pour cela, il ne veut pas utiliser son image de fils de, en l’occurrence fils de la dynastie Wayne qui est une multinationale aux activités assez obscures, mais qui est en tout cas très riche, et c’est bien l’essentiel. Émerge alors l’idée de Batman, symbole de la lutte contre le mal, non pas un homme, mais une certaine idée de la justice, un superhéros.

De manière traditionnelle, le film de Christopher Nolan plonge dans l’enfance de son personnage pour trouver des raisons. La chauve-souris est ainsi liée à un traumatisme de l’enfance : alors qu’il devait avoir une petite dizaine d’années, Bruce est tombé au fond d’un puits qui abritait un passage vers une grotte pleine de chauves-souris. Effrayées par l’impromptu, elles ont fait ce que tout être menacé fait, elles ont fui, effrayant au passage le garçon. Adulte, la phobie persiste, mais plutôt que de la fuir éternellement, il décide de l’affronter et de l’utiliser à son avantage pour effrayer ses adversaires. De même, sa volonté de sauver Gotham et d’éradiquer le mal vient de son père qui luttait dans ce sens et a apporté des réponses sociales ou politiques, avec notamment la construction d’un métro ou la création d’un réseau d’eau potable à l’échelle de la ville entière. Mais elle vient surtout de cette nuit où, après avoir poussé ses parents à sortir de l’opéra à cause de rôles de chauve-souris sur scène, ses deux parents sont tués par un malfrat, sous ses yeux. De cette mort, Bruce conserve toute sa vie une véritable haine pour le mal, mêlée d’une volonté de justice légale qui lui vient peut-être de ce policier qui l’a traité avec gentillesse. Ce même policier sera James Gordon, l’allié de Batman au sein de la police. Manque à ce tableau Rachel, amie d’enfance et tout est posé. Toute l’histoire de Batman provient de son enfance, puis de son voyage initiatique en Asie. Vision on ne peut plus classique, peut-être même caricaturale, mais qui est traditionnelle dans les récits populaires, vaste catégorie où l’on range sans hésiter les comics américains.

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Dans la grande famille des superhéros nés de l’imagination fertile d’auteurs américains depuis les années 1950 essentiellement, Batman tient une place à part. C’est en effet l’un des rares superhéros, peut-être même le seul, à ne disposer d’aucun pouvoir spécifique, surnaturel. Batman est simplement un Bruce Wayne équipé de technologies modernes hors de prix, mais rien ne le distingue sinon du commun des mortels. Certes, il faut être richissime pour être Batman, disposer si possible d’une multinationale à son compte et pouvoir compter sur des aides précieuses, comme celle d’un majordome dévoué, Alfred, ou d’un excellent inventeur, Fox. Ces deux alliés sont indispensables à Batman, le dernier pour fournir au héros toutes les technologies les plus folles qui lui sont nécessaires, le premier pour le soutenir à tout moment, lui servir de couverture et à plusieurs reprises, sauver sa peau. Mais en dehors d’accessoires et d’alliés, parmi lesquels il ne faudrait oublier la ravissante Rachel et le lieutenant Gordon, Bruce Wayne est un Batman sans le masque. La majeure partie des superhéros jouent sur la dualité entre une vie civile plus ou moins normale, et une vie de héros assez éloignée de la norme. Avec Batman, la différence devient aussi ténue que peut l’être un simple masque. Cela fait aussi de Batman le superhéros le plus fragile, celui qui peut craquer le plus facilement. Dans son apprentissage, il chute plusieurs fois, échoue et repart. Batman Begins est passionnant dans cette construction du superhéros, qui devient plutôt déconstruction du mythe forgé par des livres et des films. Ce film est un peu la recette qui a conduit au personnage que l’on a déjà croisé, jusqu’à l’élaboration méthodique du costume ou des armes. Batman est très proche de vous et moi, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt, c’est ce qui rend son engagement aussi fort.

Batman Begins propose en fait deux ennemis pour le prix d’un. Le premier est classique, il s’agit de la mafia italienne qui a corrompu toute la ville. Le parrain, nommé Falcone, un qui n’est pas sans rappeler un certain Corleone, vit de trafics de drogue, arrose tous ceux qui pourraient se dresser sur sa route et notamment des membres de la police ou de la justice. Ces méchants-là ne sont pas les plus intéressants, et ils sont d’ailleurs rapidement évacués par le film avec l’emprisonnement de Falcone. Un autre méchant, beaucoup plus inquiétant et original, prend alors la place. Ces méchants, ce sont évidemment ceux qui voulaient éradiquer Gotham City dans son ensemble. Ils entendent le faire d’une manière inattendue, en déversant dans tous les réseaux d’eau de la ville une substance qui, une fois transformée en vapeur, rend fou ceux qui l’inhale. La transformation en vapeur doit se faire avec un mystérieux appareil volé à l’entreprise Wayne, mais cela importe peu. Ce qui est intéressant, c’est cette attaque chimique que redoutent tant tous nos dirigeants à l’heure actuelle. Une attaque totalement incontrôlable, car transitant par les réseaux d’eau potable, et indétectable sans une intervention extérieure. Quand celle-ci intervient, il est trop tard et Gotham City est sauvée vraiment de justesse et en détruisant une partie de son métro.

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The Dark Knight est sans doute l’adaptation de comics la plus noire que l’on a pu voir ces dernières années au cinéma. Batman Begins annonçait déjà cette noirceur par son environnement très réaliste et sale. La ville de Gotham City notamment est très bien rendue, avec d’un côté ses grattes-ciel archétypiques du CBD à l’américaine, et d’autre part ses bas quartiers pauvres, défoncés, mal fréquentés. On retrouve à la fois les images de ghettos américains, et la représentation de la ville dans bon nombre d’œuvres de science-fiction, avec une évolution vers la pauvreté plus on s’approche du niveau du sol. Ici, les méchants ne veulent pas détruire le monde, ils font des trafics de drogue où créent artificiellement une folie destructrice qui réveille l’animal qui sommeille en tout homme. S’ils sont encore motivés et rationnels, contrairement au Joker, ils sont quand même terrifiants par leur noirceur réaliste. Pourtant, il y a encore de la lumière, de l’espoir. À ce stade, Bruce pense encore vraiment pouvoir vaincre le mal à Gotham City. Un premier coup a été porté, certes il reste encore du travail, mais lui et Gordon sont confiants sur l’avenir quand le film se termine. Rachel a renouvelé son amour auprès de Bruce en lui promettant d’attendre que Gotham n’ait plus besoin de Batman et donc que Bruce redevienne pleinement lui-même. Les méchants ont vraiment été battus, la victoire est réelle, même si elle n’a pas évité de nombreuses destructions, mais tout est clair dans Batman Begins. La carte du Joker annonce par contre la noirceur totale qui prévaudra quatre ans après, celle du méchant terrifiant car imprévisible et sans motif, celle de la victoire en demi-teinte où finalement tout le monde a gagné, ou a perdu. La noirceur n’est pas encore totale, mais on la pressent déjà.

Avec le gros budget d’Hollywood, Christopher Nolan ne peut plus se permettre les libertés formelles des débuts. Batman Begins est donc un film beaucoup plus classique sur la forme, avec à nouveau une structure rigoureusement linéaire, si l’on met de côté les flashbacks sur l’enfance. Pourtant, Christopher Nolan est loin d’être un simple exécutant et il n’a pas perdu son esprit de réalisateur. Il le prouve ici avec la multiplication des séquences en parallèle, un principe qu’il exploitera aussi dans The Dark Knight, mais qui atteint bien sûr des sommets dans Inception. Le réalisateur n’hésite pas à proposer au spectateur en même temps plusieurs éléments de l’intrigue qui se déroulent en parallèle, dans des lieux différents par exemple. Ce procédé n’est pas original, certes, mais il est difficile de maintenir la lisibilité nécessaire pour suivre l’intrigue dans de bonnes conditions. Christopher Nolan a beaucoup appris depuis Following, et il met ici en œuvre tout ce qu’il a appris pour proposer aux spectateurs une histoire toujours parfaitement claire, passant d’une scène à l’autre sans jamais perdre en fluidité. Certes, le réalisateur est encore timide, mais lui qui n’avait jusque-là réalisé que de « petits » films s’en sort remarquablement bien aux manettes d’une machine de guerre hollywoodienne.

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Batman Begins est la première incursion de Christopher Nolan du côté du cinéma populaire et de l’univers des comics. Pour un premier essai, le résultat est vraiment bon. Les choix de Batman, superhéros sans super pouvoirs, et de la formation de Batman se révèlent payants, tant ils offrent au film des éléments passionnants. Batman Begins est aussi un film sur l’engagement, le dévouement pour une cause qui nous dépasse et qui nous consume. Mais Nolan n’oublie pas le grand spectacle et fait défiler son histoire à toute allure pour notre plus grand plaisir. Plus convenu sur la forme, Batman Begins compense par sa noirceur réaliste qui, si elle reste teintée d’espoir, reste rare dans les adaptations de comics. C’est sans doute la patte Nolan, et ce n’est pas pour me déplaire.


14 Comments

  1. Raphaël

    Bon, j’essaye de me contrôler, mais de temps en temps je n’arrive pas à m’empêcher de me livrer à une petite entreprise de pinaillage sur internet, ce dont je m’excuse par avance !

    Dans la grande famille des superhéros nés de l’imagination fertile d’auteurs américains depuis les années 1950 essentiellement, Batman tient une place à part.

    On pourrait dire qu’il tient une place à part parce qu’il a été créé, comme Superman, dans les années 1930 ? (et qu’un nombre plus que conséquents de héros canoniques du comic naissent aussi dans les années 1940)

    C’est en effet l’un des rares superhéros, peut-être même le seul, à ne disposer d’aucun pouvoir spécifique, surnaturel.

    Et Green Arrow, le mec qui combat le crime avec un arc, de l’escrime et des prises de judo ? Et l’affreux Iron Man, qui a juste poussé un peu plus loin que Batman le côté gadget ? Et Captain America, qui est certes un peu dopé sur les bords, mais sans pouvoir spécifiques (d’ailleurs quel super-héros crédible se trimbalerait un side-kick appelé Bucky s’il pouvait s’en passer ?) ? Et ce ne sont que les plus connus parmi les super-héros près-années 80, sinon il faudrait rajouter l’essentiel des Watchmen et quelques autres.

    Sinon, un commentaire plus général sur le danger qu’il y a d’essentialiser les personnages de comic books : Batman va sur ses soixante-douze ans, il y a sans doute des dizaines de scénaristes et de dessinateurs qui ont travaillé dessus, sans parler de toutes les adaptations en séries/films/dessins animés/jeux vidéo ; présenter une vision uniformisée d’un personnage de fiction qui a plus de personnalités que le maire du New York de Promethea relève du non-sens.

    Ce Batman sombre et tourmenté que décrit Nolan, avec l’univers qui va avec, est largement une création des années 80, qui ont sans doute été les années où les comics ont connu leurs transformations les plus profondes. Il s’inspire des lectures de Batman de Frank Miller (The Dark Knight Returns, Year One), d’Alan Moore (The Killing Joke), de Dennis O’Neal (The Man Who Falls ou quelque chose d’équivalent), de Jeff Loeb. Ce n’est donc pas Batman mais une lecture spécifique de Batman (qui n’est d’ailleurs pas du tout celle des Batman de Burton que tu cites aussi).

    Ce qui m’amène d’ailleurs à commenter rapidement le film (je ne suis pas là pour ça après tout, je suis venu pour pinailler, moi, et puis je ne m’en souviens qu’à moitié (note que ce n’est pas le genre de chose qui risque de m’arrêter)) : même s’il n’a absolument rien d’original pour qui à lu quelques uns des comics que je cite plus haut, ça se laisse regarder sans trop de problème. J’avais eu plus de mal avec Dark Knight, que je n’avais pas trouvé très bien rythmé, qui avançait parfois avec de très gros sabots (I’m whatever Gotham needs me to be blablababla), et qui avait une musique aussi répétitive et désagréable que celle d’Inception (film auquel j’ai par ailleurs du mal à repenser sans m’esclaffer intérieurement en pensant aux scènes de combat à ski (sérieusement, quelle idée)

    Bon, je crois que c’est à peu près tout. (…) Et sinon, à part ça, ça va ?

    • Tu fais bien de réagir mon cher, tu fais bien. Nul besoin de t’excuser, c’est passionnant. :)

      Tu connais mon ignorance profonde des comics, donc ça ne m’étonne pas que je me sois planté royalement sur plusieurs points. La date évidemment, je ne sais pas pourquoi je reste sur les années 1950. Quant aux superhéros humains, je me demande comment j’ai pu oublier Iron Man. En même temps, il est plus proche de l’idée du superhéros comme être différent, ne serait-ce qu’en raison de son coeur artificiel qui l’éloigne un petit peu de l’humanité. Alors que Batman me semble vraiment très proche des hommes. Il est presque un mercenaire de luxe et agissant pour son propre compte. Pour les autres que tu cites, je veux bien te croire.

      Je suis bien d’accord sur les différentes lectures du personnage, c’est assez passionnant d’ailleurs. La différence entre Nolan et Burton est assez frappante, il faudrait que je revois les versions de ce dernier, maintenant que j’ai les deux Nolan bien en tête. Pour les versions papier, là je te fais entièrement confiance. Si je te suis bien, le Batman des origines n’était pas sombre ? C’est intéressant ce tournant des années 1980, je suppose qu’il faut y voir un symbole des changements que connaissent les Etats-Unis dans leur ensemble. Ils sont quand même très forts pour ça…

      Et sinon ça va oui. Et toi ?

      • Raphaël

        L’univers du Batman d’avant-guerre est assez sombre : alors que Superman incarne le progressisme et l’optimisme des New Dealers enthousiastes qui l’ont créé, Batman évolue dans une ville marquée par la grande dépression, et surtout par la violence et le crime qu’elle a engendrés. Il incarne plutôt l’individualisme pessimiste de son créateur Bob Kane. Mais le personnage lui-même est plus contrasté : il combat certes le crime pour venger ses parents, mais à part ça il est assez dénué d’états d’âme. Et en plus de son côté justicier masqué, son co-créateur dont le nom m’échappe lui ajoute une très forte touche de détective à la Sherlock Holmes (d’ailleurs Robin est avant tout créé pour donner la réplique à Batman à la façon de Watson, selon les dires de son créateur).

        Après la Seconde Guerre mondiale, cette première version de Batman est édulcorée, et quand de braves gens essayent de faire censurer les comics au début des années 50, s’ils s’attaquent à Batman ce n’est pas pour sa violence mais parce que le brave Dr. Wertham soupçonne l’existence d’une relation homosexuelle entre lui et Robin… Les années 60 vont encore plus loin, puisque Batman est adapté dans une série télévisée aussi drôle que volontairement ridicule ; à l’époque, on aurait dit à quelqu’un que Batman serait un jour adapté dans un film d’action très très sérieux, il aurait trouvé ça pour le moins improbable. Et c’est donc seulement à partir des années 80, avec la profonde transformation du public et de la production des comics, que naît le Batman dont on parle ici, qui reprend certains éléments de l’original, mais qui en est tout de même très différent.

        L’évolution du joker est d’ailleurs assez similaire : assassin fou au départ, comique inoffensif ensuite, assassin fou-incarnation-vaguement-nihiliste d’une certaine forme d’absurde enfin. En fait le Joker a moins changé que Batman, et celui-ci a quelque part évolué dans la direction de celui-là (c’est d’ailleurs l’idée géniale d’Alan Moore qui se demande jusqu’à quel point ils sont dissemblables).

        Bref. Moi ça va plutôt bien, même si je suis assez peu réjouit par la perspective de (des?) l’année à venir, rien ne me rend plus paresseux que de préparer un concours…

  2. En plus de la noirceur chère à Nolan, on peut aussi trouver dans le film toute la thématique de la manipulation de l’esprit qu’il explore en permanence dans sont œuvre et personnifiée par Jonathan Crane (l’Épouvantail). Ça reste un film de commande (warner cherchait désespérément à relancer la franchise de Batman après les catastrophes de Shumacher) et Nolan se montre timide dans l’action, mais c’est un bon début quand on sait ce qui suivra.
    On trouve également 4 acteurs qui lui seront très fidèles : Michael Caine (également dans le Prestige, TDK et Inception), Christian Bale (Le Prestige, TDK), Cillian Murphy (petite apparition au début de TDK et Inception), Ken Watanabe (Inception).

    • Pas faux pour la manipulation, bien vu. ;)

      C’est vrai que l’action n’est pas aussi forte que dans les deux derniers. Mais ce n’est pas une faiblesse je trouve, ça change des blockbusters où l’action est continue d’un bout à l’autre.

  3. Ah très bel article qui m’a donné envie de re-re-re-…revoir ce film que je trouve beaucoup plus accessible que The Dark Knight pour la plupart des personnes. Un très bon film qui reste assez recherché pour un blockbusters alors que la plupart prennent les spectateurs pour plus stupides qu’ils ne le sont déjà.

  4. pour la 1ere fois à mon sens, Nolan montre quelques signes de faiblesses. D’abord par de menues approximation, une sorte de lourdeur de cadrage notamment dans les scènes avec Liam Neeson. Il perd un peu le côté alambiqué. A sa décharge, il est dur de reconstruire un mythe déjà connu. il ne faut pas gonfler le spectateur qui connait les finalités et en même temps rendre tout ce la crédible et fidèle au personnage créé. Ce qu’il parvient à faire.

    Du coup, on peut se reconcentrer sur ses obsessions (notre fil rouge, il faudrait les compiler à la fin). Il utilise son art géométrique pour laisser la verticalité s’exprimer. Gotham est angulaire et claustrophobe. Quand Burton jouait sur l’enfermement triangulaire de la ville, il la rendait autarcique (ce qui est à la fois la force et la faiblesse de cette création). Ici, de grande lignes droites, des canalisations presque arachnéennes et anarchiques comme ultime frousse. Ce que Nolan exploite à merveille et qui laisse déjà présager de cette saga post-11 septembre des société américaine.
    Une société qui perd sa sérénité (incarnée par ces lignes droites, souvent verticales). De maitrise, elle devient terrain de jeu des terroristes. L’Amérique fut pour la 1ere foi touchée au cœur avec le 11 septembre, les twin tower symbole aussi économique qu’architectural d’un modèle de 200 ans s’effondrait. Nolan se réapproprie cela.

    Il n’y a qu’un seul être qui brise ces lignes : Batman. On le voit quand il saute dans le vide, déployant ses grandes ailes. on passe sur une chute horizontale mais en descente verticale. Les chauves-souris n’ont que faire de l’organisation, elles fuient en nuées. De cette peur de perdre l’ordre établie (incarnation de Bruce Wayne, symbole de la richesse américaine), il le transforme en arme ultime. Lui aussi fait de l’Amérique un terrain de « jeu ». Gotham n’est d’ailleurs plus seule au monde, on visite l’Asie, de grandes contrées. Aussi apaisantes que dangereuses ces excursions.

    Le plus fascinant avec Batman Begins, c’est de constater que les vieux thèmes sont réactualisés, mais que les angoisses des USA restent au fond toujours les mêmes.

    • Assez d’accord avec toi Alexandre sur le fait que Batman Begins est assez faible. La première partie qui mixe film de ninja et Indiana Jones n’est pas bien fameuse. L’idée de fonder la menace qui pèse sur Gotham sur la peur de l’autre est très bonne quoiqu’assez timidement exploitée. Enfin, j’ai trouvé les scènes d’action assez peu lisibles et pour ce genre de film, c’est dommageable. Très intéressante relecture géométrique au passage.

      • C’est sûr que c’est une idée intéressante et qui fonctionne bien. D’ailleurs, on n’en a pas parlé, mais le choc originel est d’abord lié à une chute au fond d’un puits…

        Les combats ne sont pas moins lisibles que dans la plupart des blockbusters je trouve. Enfin en tout cas ça ne me choque pas plus que ça.

    • Comme on en avait déjà parlé, je n’ai pas manqué de repérer le jeu sur la verticalité. C’est bien vu en effet, et j’espère bien que tu en feras quelque chose. ;) La référence au 11 septembre est évidente, ne serait-ce que parce que le centre de la ville est un gratte-ciel. Néanmoins, les terroristes de Batman Begins sont moins effrayants que ceux du 11 septembre ou que celui de Dark Knight : ils sont parfaitement rationnels et on connait leur motivation, là où le Joker ne semble pas connaître la raison, ce qui empêche nécessairemment d’envisager de l’y ramener.

      Je connais trop mal les comics pour répondre, mais je me demande si l’escapade asiatique n’est pas propre à Nolan, justement. Il est frappant, en tout cas, de constater cette sortie de la réalité forcément fermée de Gotham City, ville imaginaire. On retrouvera la même chose dans le suivant, avec Hong-Kong : on dirait que Nolan souhaite inscrire Batman et sa ville dans un cadre réel. L’idée d’un concentré des Etats-Unis prend alors tout son sens.

      Sinon sur la forme, je reste impressionné par sa maîtrise de l’histoire et sa capacité à la paralléliser. Ce n’est pas encore aussi flamboyant que dans Inception, mais quand même, il y a de ça. On sent que le réalisateur muri pendant longtemps un film et qu’il le maîtrise parfaitement, fût-il un film de commande.

  5. VinZ

    Très bon film mais pas à la hauteur de celui avec Arnold Governor Schwarzenegger, bien mieux question farce ;-)
    Vu qu’on traite de Nolan, à quand la chronique du « Le Prestige« 

  6. Est-ce qu’il y aura une suite?

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