Le couple Scorsese/Di Caprio est de retour avec Shutter Island, et je ne pouvais raisonnablement pas laisser passer ce film. Depuis Gangs of New York, ce couple a plusieurs fois prouvé sa force et le suivre est une question de principe. Le résultat est néanmoins mitigé : si l’histoire n’est pas inintéressante, son traitement tout comme la forme du film pèche par trop de lourdeur.

D’emblée, on comprend que le séjour des deux marshals sur l’île de Shutter, dans la baie de, ne sera pas de tout repos. Alors que le marin les presse de descendre pour éviter la tempête qui s’annonce, les deux hommes tombent sur une bande de gros durs armés jusqu’aux dents. Sur cette île qui fait office de pénitenciers pour fous dangereux, une patiente/prisonnière a mystérieusement disparu et tout le monde est sur les crans pour la retrouver. Les deux hommes envoyés du continent se plient, non sans protester aux règles imposées par le directeur de l’île, mais on sent vite la suspicion les gagner. Teddy Daniels, le supérieur hiérarchique du duo, est même hostile à l’encontre du corps médical et on comprend vite qu’il les suspecte de commettre les pires atrocités sur les « patients » avec en toile de fond la guerre froide (nous sommes dans les années 1950) et la lutte contre les communistes. Si on pouvait transformer tous les salauds communistes en légumes, voilà qui serait fort utile aux États-Unis et voilà ce qui se met au point sur cette île maudite.
Le fil narratif de Shutter Island est en fait plus complexe qu’il n’y paraît. Le scénario multiplie les fausses pistes, notamment par les nombreux flashbacks qui ponctuent le film, et laisse planer le doute pendant la majeure partie du récit. Ça n’est qu’à la toute fin que la réalité éclate, véritable twist scénaristique qui ne manquera pas de surprendre la majorité des spectateurs, ceux au moins, qui n’ont pas lu le livre à l’origine de Shutter Island. Néanmoins, certains comprennent assez vite ce qui se dévoile finalement, et si ce ne fut pas mon cas (je suis toujours très bon public avec les films à intrigue et retournement d’intrigue, en général je ne vois rien venir), je dois avouer un étrange sentiment de déjà-vu. Un sentiment aussi tenace qu’inexplicable, mais qui tient sans doute à l’usage très large du twist final, surtout dans les thrillers à tendance psychologique.

Néanmoins, je n’avais pas compris réellement ce qui se passait avant la fin du film et l’apparition du clou du spectacle et le plaisir du retournement de scénario et de relecture du film s’est avéré intact. Bien évidemment, tout fait sens quand on repense au film à la lumière de sa fin : le puzzle méticuleusement mis en place par le scénario reprend ses droits, les pièces s’assemblent et l’on peut comprendre tous les évènements restés obscurs jusque-là. Je suppose que de connaître (ou découvrir) le twist avant la fin gâche un peu le plaisir, du coup. Ce scénario m’a semblé intéressant, surtout du côté de ses implications politiques sur fond de guerre froide et de passé nazi. Le psychiatre en chef sur l’île est ainsi un ancien nazi qui, comme on peut le comprendre, a sans doute participé aux expérimentations médicales dans les camps de concentration. L’idée d’une poursuite d’expérimentations nazies pour mieux contrer l’opposant bolchevique m’a, je dois l’avouer, beaucoup amusé. Le film se conclut aussi sur une petite phrase qui signale un ultime potentiel retournement de situation bienvenu, même s’il n’est pas vraiment exploité puisque le film se termine.
Mais si l’histoire de Shutter Island est intéressante, malgré un retournement de veste peut-être un peu facile et déjà vu ailleurs, le film souffre d’un défaut majeur. Martin Scorsese n’a pas voulu, ou n’a pas voulu, faire confiance à ses spectateurs. Je ne m’explique pas ce choix absurde qui crée un film d’une lourdeur vraiment pénible. Faut-il y voir la marque d’un Hollywood désireux de s’adresser au plus grand nombre ? Ou d’un réel déficit de confiance de la part du réalisateur, ce qui serait confirmé par son appel à voir deux fois son film (certes, c’est aussi financièrement motivé, restons sérieux) ? Je ne sais pas, mais je sais au moins que Shutter Island aurait gagné à avoir un scénario moins explicatif et surtout une réalisation plus légère.

Rien n’est laissé au hasard sur le passé de Teddy. Tout est explicité par le détail dans des flashbacks qui tombent le plus souvent comme des cheveux sur une soupe, il faut le dire. L’excuse des hallucinations a bon dos, le scénario n’arrête pas de nous faire reculer dans le temps, tantôt dans le camp de Dachau en 1945, tantôt à une période indéterminée, avec son ex-femme. Le summum est évidemment atteint avec la révélation finale, on voit alors dans un flashback ce qui s’est réellement passé. Je n’aime pas les flashbacks. Je les trouve en général lourds, mal réalisés, trop convenus… Ça n’a pas raté avec Shutter Island, d’autant que l’on aurait très bien pu s’en passer. Était-ce bien nécessaire de savoir que Teddy est entré chez lui, a bu un verre d’un alcool indéterminé, avant de constater que sa femme a noyé tous ses enfants ? Heureusement, le principe du flashback sert aussi à introduire des éléments étranges qui interpellent autant le héros que les spectateurs. C’est bien vu et pour le coup plus intéressant que les larmoyants retours dans le camp de concentration, par exemple.
Shutter Island est, à mon sens, miné par une réalisation des plus lourdes. Scorsese n’a sans doute jamais été un cinéaste très subtil, convenons-en. Néanmoins, il ne m’avait jamais semblé aussi pataud qu’avec son dernier film. Si certains plans sont très bien filmés et si l’atmosphère lourde et poisseuse de l’île est bien rendue, on déplore au contraire la laideur de quelques scènes, surtout dans les flashbacks (je pense tout particulièrement au cauchemar de l’incendie, avec un nuage de cendre très laid). L’esthétique générale du film est un peu datée, un choix revendiqué par le Martin Scorsese au nom de l’inspiration des classiques (Hitchcock est cité en bonne place). Après tout, pourquoi pas. Mais le sentiment général n’est pas positif : la musique par exemple, ne fait rien pour alléger un film déjà bien peu digeste. Censée ajouter de l’intensité dramatique par des touches massives, mais de courte durée, de violons, elle contribue surtout à rendre ajouter une couche à ce que l’image disait déjà de manière appuyée. Le spectateur a alors le sentiment d’être pris par la main par un réalisateur qui, gentiment, lui indique quand trembler pour la vie du héros. Personnellement, je déteste être ainsi pris par la main et je pense qu’ajouter ainsi de l’information sur de l’information est d’abord un signe de faiblesse.

Mon bilan de Shutter Island est donc plutôt mitigé, malheureusement ai-je envie de dire. Je n’explique pas totalement ce sentiment de lourdeur, cet agacement ressenti à de multiples reprises devant le film, au point de lever plusieurs fois les yeux au ciel (métaphoriquement du moins). Devait-on attendre plus d’un cinéaste de l’envergure de Scorsese ? Pas nécessairement, après tout il n’a plus besoin de prouver qu’il est un grand cinéaste. Shutter Island reste, de fait, un film maitrisé et intéressant, avec une excellente performance d’acteur de la part de Leonardo DiCaprio, comme d’habitude a-t-on un peu envie de dire. À défaut d’avoir un grand film, on a un thriller psychologique assez efficace, mais peu novateur.
Les avis sont plutôt positifs sur Internet. Rob a beaucoup aimé et je dois dire que je suis déçu de n’avoir pas été, comme lui, « pantelant, ravagé par la plus grande mise en scène de l’année. » Même ambiance sous la lanterne magique ou sur la route du cinéma ou encore dans le plan cinéma. Critikat, par contre, est de mon avis, alors que la critique traditionnelle s’est largement enthousiasmée pour la dernière création de Martin Scorsese.





14 commentaires
bon je crois que tu as lu ou zieuté mon avis donc je ne refait pas tout. mais je te truve un peu dur car c’est précisement dans les défaut que tu cites que je vois des qualités.
Le choix des flashbaks explicatif est purement délibéré. il ne faut pas y voir, à mon sens une faiblesse de Scorsese (manquerait plus ça!). Justement, appuyer les flashbacks intensifie l’absurdité temporel lié à l’hsitoire (deux ans sur l’ile, 1945 à Dachau). J’adore bizarrement le coup des cendres. C’est très expressionnistes, mais ce côté un peu exagéré confère un charme retro au film.
la musique aussi est purement rétro, et assumée comme telle. Hitchcock justement appuyait ces effets sonores pour le suspense. Je suis très client.
Quant à la scène où tu dénonces le coup du ‘je bois un verre etc’, je trouve à nouveau ça très bien. C’est ce que l’on appelle en journalisme le détail signifiant. A la lumière des évènements, DiCaprio se souvient précisément du moindre geste. Un peu comme les flashbaks de Lost d’ailleurs.
sans remettre ton jugement en cause (ça serait crétin de ma part), je pense (et j’en fais parfois parti) que nous sommes victime de notre culture du buzz qui nous envahi sur la toile. on attend tellement les films, on les suis presque dans leur pré-production, que l’on voit peut-être parfois l’objet fini avec une appréhension, et une sévérité un peu dommageable vis àà vis des grands cinéastes. Regarde comme on redoute le plus ou moins le prochain Burton.
Ah ben j’espère bien que les flashbacks sont délibérés, quand même, c’est Scorsese ! Mais perso, je ne suis pas client du tout, sauf quand ils sont légers, bien intégrés, ou vraiment utiles. Là je ne vois pas du tout l’intérêt de nous montrer pendant trois heures Dachau, franchement. OK pour le côté rétro de ces flashbacks, mais alors pour moi ça n’avait rien de charmant.
La musique aurait pu être aussi géniale que la bande-originale composée par Greenwood pour There Will Be Blood. Celle de Shutter Island m’y a fait penser par moment, cet usage des masses de violons hachées… Mais non, c’est bien trop classique (hitchcockien si tu veux) pour que ça me plaise. Du coup, je l’ai trouvée lourde, redondante avec le film, digne d’un blockbuster bas de gamme en somme. Or on est chez Scorsese, pas dans un blockbuster bas de gamme.
Je ne rejette pas l’explication de l’attente, mais je n’y crois pas trop. Je suis entré avec la ferme volonté de voir un grand film, et à plusieurs reprises pendant la séance j’ai eu envie de hurler à Martin de ne pas faire ce qu’il faisait (bon, je sais me tenir en public, heureusement pour mes nombreux voisins…
). Souvent, ça sonnait faux, c’était trop appuyé, voire carrément ridicule. Typiquement à la fin, quand on sait finalement qu’il est sur l’île depuis deux ans et complètement malade, je me suis dit « pourvu que le film s’arrête là et qu’on évite le flashback ». Et boum, le flashback larmoyant et tout et tout.
C’est dommage parce que, au contraire, j’aime beaucoup la toute toute fin, quand finalement le film bat à nouveau les cartes et propose au spectateur une fin alternative. On trouve enfin la légèreté suggestive qui manquait jusque là : pour le coup, le spectateur sort dépité, il ne sait pas à quoi s’en tenir, et le film ne répond pas. Je pense que Shutter Island aurait beaucoup gagné à être aussi léger et flou sur les explications depuis le début. Enlève tous les flashback déjà, et on a un tout autre film, à mon sens plus intéressant.
Mais bon, je suis déçu de n’avoir pas apprécié le film pleinement. Je suis sorti énervé en fait…
sur la musique tu en demandes beaucoup. Les membres de Radiohead sont des génies. Et le propres des génies, c’est qu’ils sont rares.
DiCaprio m’a fait halluciné tout le film tant il élève encore son niveau de jeu e crée la subtilité. le risque d’être trop évasif aurait été d’être trop ‘art et essai’, flou artistique voire tentative pédante de faire intello. Mais comme toi, je suis très très très fan de la toute fin.
Ah mais non, je ne demande pas beaucoup…
Tout le monde s’émerveille sur la musique oppressante, mais je trouve que c’est bien le minimum syndical. La musique a perdu toute son efficacité pour moi, j’y ai plus vu une caricature de musique de films censée angoisser les spectateurs, qu’une musique angoissante.
OK pour DiCaprio, il ne cesse de surprendre et s’améliorer depuis Titanic. Ça fait plaisir de voir qu’on peut avoir fait un film uniquement pour sa belle gueule, et quand même devenir un grand acteur après. C’est pas donné à tout le monde, par contre… Ceci dit, ça n’est ni nouveau, ni propre à Shutter Island.
J’avais oublié d’en parler dans l’article, mais j’y repense là : le générique de fin donne quand même une indication très forte sur le sens du film en indiquant que Leonardo DiCaprio joue le rôle du marshall, et non du fou. Je ne sais pas s’il faut y voir plus qu’une erreur ou un oubli, mais c’est pour le moins troublant.
Le problème c’est que la « lourdeur » vient directement de la mise en abime qui prend le cinéma d’épouvante et policier dans tout ce qu’ils pourraient avoir de plus caricatural. Alors l’idée peut paraitre intéressante, mais que c’est indigeste ! En plus, esthétiquement, le film est aussi divisé entre la beauté des scènes en clair-obscur et la laideur rare des incrustations et des effets visuels.
DiCaprio est un bon acteur, mais ça, on le savait déjà avant Shutter Island.
Eh oui, la majorité des avis sont positifs, mais en tant que fan de Scorsese, c’est encore plus douloureux de se retrouver sur l’autre rive…
La fin est une très bonne fin a mes yeux
Car en plus de la chute le doute continue a planer
le spectateur a la fin n’est sur de rien, un peu comme un roman fantastique dans le sens ou on n’est sur de rien quand a la fin de l’histoire:
est ce réel ou non ?
de plus, la musique est certes classique mais c’est avant tout un hommage aux films de suspens qui ont fait les heures de gloire du cinéma américain
Scorsese joue habilement entre des musique oppressante et des vide sonores qui aide énormément le suspens
et en prime il signe un film qui analyse la psychologie humaine dans ces pires endroits et denonce donc la cruauté humaine qui dans l’histoire a été partagé par des groupes de gens seulement par intérêt ou par plaisir
Moi je pense que tu n’as pas apprécié le film car tu n’y a rien compris…
Dsl de te le dire aussi sec ms tu devrais avoir un esprit critique plus large et lire les blog d’autres personnes pour enrichir tn idée.
Les flash back, on ne c mem pa s’ils st vrais ou pure invention de ce cher psycho en chef, avec toute la drogue kon lui a refourgué a ce pauvre teddy entre les cigarettes trafiquées et les cachets contre le mal de tet PROVOQUE
C’est un film psychologique qui laisse panntois car il cède à deux hypothèses opposées et perplexe et on ne peut pas a 100% se prononcer plus en faveur de l’une ou de l’autre (était-il vraiment fou à causes de tous ces troma ou était-ce simplement un coup monté pour l’empecher de dénoncer ce qui se trame sur cette île??)
certe il n’a rien trouvé dans le phare car ce n’était pas le BON phare : a-tu remarké que le premier que lon montre au débu du film est sur la terre ferme alr que celui où il a été est sur l’eau?
enfin c mon opinion tu a le droit davoir la tienne ms regarde le film sous un autre angle et elle changera ptet ne serais-ce qu’un peu.
voila !!!
Oh ça, je me doute bien que j’ai rien compris. Je pense que le film était trop intelligent pour moi, désolé… (on fait ce que l’on peut avec les moyens du bord, en même temps).
Et un conseil moi aussi : tu devrais ouvrir un dictionnaire et/ou faire attention à ce que tu écris, c’est vraiment pénible à lire.
Allez, un autre pour la route : il y a beaucoup de texte dans cet article, alors je veux bien croire que tu en rates un morceau. Mais quand même, regarde le dernier paragraphe, à propos des blogs d’autres personnes.
Catwoman34, regarde ou revois Vol au-dessus d’un nid de coucou, là il y a du doute, de l’interrogation sur la condition psychique des patients, sur leur traitement et suivi.
Je pense qu’on peut comprendre le film et ne pas l’aimer, ça me semble normal.
Moi ce qui m’a le plus géné dans ce film c’est le nombre incroyable de faux raccords ( interrogatoire dans la salle avec les infirmiers et policiers à coté, champ / contre-champ avec l’homme dans le 3ème bâtiment. Bref sachant que le film a été retardé de presque 6 mois. Ils auraient au moins pu faire un minimum de relecture.
Justement, ces faux-raccords sont, soit disant, recherchés pour souligner les troubles de Teddy. Un principe absolument débile à mon sens ; jouer sur cette erreur ne relève même plus de la mise en abîme, c’est du n’importe quoi.
Merci de la réponse
Et oui ça me semble mal travaillé alors. Il y en a mais pas assez pour que l’on puisse faire passer ça pour un travail artistique et trop pour que ça semble « fini ».
C’est tellement particulier que je me suis même demandé si j’avais pas hérité d’une version pre-vente pas encore finalisée au niveau du montage
.
Je suis tout a fait d’accord avec toi. C’est soit trop, soit pas assez. Et puis le principe de dire « il est fou, donc c’est volontaire » est vraiment une excuse trop facile. Dès lors, tout est excusable.
Bon et puis je garde le souvenir d’un film très lourd. Après avoir vu Inception, même si les deux sont difficilement comparables, je n’ai pu m’empêcher de penser que le film de Nolan était beaucoup plus fluide et presque léger (on reste dans le blockbuster à l’américaine) à côté du film de Scorcese. Un comble…
Et s’il y avait un lien avec le cas clinique de Freud « L’homme aux rats? »
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