Dans une des newsletters quotidiennes des Inrockuptibles, il était question de Viva la Hoda, un album de bootlegs mélangeant Coldplay et le rappeur Jay-Z. Les Inrocks étant dithyrambiques, je télécharge cet album disponible gratuitement. Eh bien je dois dire que j’ai pris une claque, virtuelle certes, mais claque quand même.

Viva La Hova est un projet initié par Mick Boogie et Terry Urban. Le principe de cet album est simple : prenez d’un côté les albums de Coldplay, de l’autre ceux de Jay-Z, mélangez le tout et vous obtenez un nouvel album. Ce type d’album n’est pas nouveau, et il y avait déjà eu un bootleg avec Jay-Z et les Beatles, mixant le White Albums des derniers, avec le Black Album du premier, ce qui avait donné le Gray Album de DJ Danger Mouse (depuis devenu superstar grâce à Gnarls Barkley). Mais alors que cet album avait été interdit par les ayants-droits des Beatles, Viva la Hova a été fait en collaboration avec Coldplay et Jay-Z.
Le résultat est étonnant. Les paroles sont le plus souvent laissées au rappeur, ce qui est logique tant sa discographie est plus importante, et tant surtout il chante plus que Chris Martin. En général, Coldplay assure plus la musique, tandis que Jay-Z apporte voix et rythme, même si bien sûr, cela peut changer selon les titres. Les titres ont été produits par des personnes ou groupes différents, dont Coldplay eux-mêmes sur plusieurs titres. Du morceau introductif à la dernière minute, il n’y a pas une seconde de silence mais un long morceau très varié.
Musicalement, le résultat est vraiment génial. Les mélodies de Coldplay se fondent parfaitement au rap de Jay-Z, et la voix de Chris Martin apporte un contrepoint bienvenu (ils chantent très différemment en effet, non seulement parce que l’un est rappeur quand l’autre chante du rock, mais aussi parce que l’un est Anglais et l’autre Américain). Sur certains morceaux, les deux chanteurs ouvrent un dialogue virtuel si bien fichu que l’on pourrait penser à une chanson originale. Ce sont, d’ailleurs, des chansons originales : c’est bien la force de cet album que de partir de deux œuvres pour en créer une troisième, une vraie œuvre originale et pas simplement un collage grossier.
In fine, Viva la Hova rappelle des projets tels que Gorillaz, soit une musique mêlant toutes les influences. J’aime beaucoup ce genre de projets, et là je dois dire que je suis plus que comblé. C’est vraiment magique, entraînant, et je ne m’en lasse pas.
Mais… c’est du rap !!
Relisant ce que je viens juste d’écrire, j’éprouve un sentiment étrange, un mélange de gêne et de plaisir. En effet, il y a quelques années de cela, si j’avais entendu Viva la Hova, je serais parti en courant, sans doute en hurlant un Vade Retro Satanas et en faisant une croix avec mes doigts. Oui parce que, globalement, c’est du rap. Et pendant très longtemps, je n’aimais pas le rap, mais alors pas du tout.
Aujourd’hui, j’ai découvert plusieurs rappeurs, américains pour la plupart, et franchement, j’aime bien. Il n’y a qu’à voir mon profil Last.fm pour constater que j’écoute beaucoup de rap ces derniers temps. Viva La Hova m’a fait découvrir Jay-Z mais il y a eu comme une rupture dans la brèche. J’ai aussi découvert NaS et je compte bien étendre mes découvertes à d’autres rappeurs américains du même acabit. J’ai aussi découvert et beaucoup aimé The Streets, rappeur anglais à l’accent londonien à couper au couteau (quel bonheur !) et je sens que de plus en plus de rap passe. Si j’ai encore du mal avec le rap français en général, et le rap façon NTM en particulier, là aussi je sens que ça bouge (j’aime beaucoup Hocus Pocus par exemple).
C’est marrant en tout cas de constater comment nos goûts changent. Cela fait longtemps que, doucement mais sûrement, je me rapproche du rap. Que ce soit avec des disques comme ceux de Gorillaz ou de Gnarls Barkley, ou plus subtilement d’artistes comme Day One, j’écoute de plus en plus de hip-hoop ou rap (je suis toujours aussi mauvais avec les genres, ça au moins, ça ne change pas) et j’écoute avec plaisir des choses que je n’aurais jamais imaginé écouté il n’y a même pas un an. Évidemment, tout ça fut inconscient et ça n’est qu’une reconstruction a posteriori que je fais là.
Je suis en tout cas ravi de cette évolution, et en attendant de vous recommander des vrais albums de rap, je vous recommande chaudement ce Viva la Hoda !

L’album est vraiment bien! J’adore ce genre de collaboration, ca donne un peu de fraicheur a la musique actuelle
En effet, c’est très sympathique, même sur la durée…
« Relisant ce que je viens juste d’écrire, j’éprouve un sentiment étrange, un mélange de gêne et de plaisir. En effet, il y a quelques années de cela, si j’avais entendu Viva la Hova, je serais parti en courant, sans doute en hurlant un Vade Retro Satanas et en faisant une croix avec mes doigts. Oui parce que, globalement, c’est du rap. Et pendant très longtemps, je n’aimais pas le rap, mais alors pas du tout. »
^^
génial…tant de personnes rejette des courants musicaux (et j’ai l’impression que pour le coup, le rap est vraiment le vilain petit canard de la musique en France) juste pour le « principe »…on est obligé de leur écraser le comprimé dans leur ‘soupe’(sans jugement de valeur, je kiffe colplay) quotidienne pour qu’ils se rendent compte qu’au final ce n’est que…de…la..musique.
et histoire de poursuivre la conversation, qu’est ce qui te faisais détester le rap et qui a disparu aujourd’hui (parce que il y a 10 ans c’était pas SI différent de maintenant)..?
Oh à l’époque, c’était un stupide (mais efficace) rejet de la norme, norme qui était le rap et Skyrock. J’étais dans le camp du Rock et Oui-Fm, c’est aussi simple que cela…
Par ailleurs, j’ai toujours pensé que la musique, c’était avant tout un son, avant un texte. Et du coup, le rap n’était pas de la musique, pour faire simple. Aujourd’hui, mon avis n’a pas changé dans son point de départ (prééminence de la musique elle-même sur le texte) mais jai découvert que ma conclusion était fausse : le rap, c’est aussi une musique, mais elle passe par d’autres biais (la parole notamment, véritable instrument central). Et puis j’aime vraiment beaucoup The Streets qui sait être très mélodique par exemple.
Par contre, j’ai encore du mal avec le rap français façon NTM. Autant Hocus Pocus passe très bien, autant le rap plus « traditionnel » a du mal à passer, la faute, je pense, à une difficulté à se détacher du texte. Mais des artistes comme Abd al-Malik m’attirent donc je suppose que ça viendra aussi…
Pour l’heure, j’écoute surtout le rap de la côte Est et The Streets puisque c’est le seul anglais que je connaisse à ce jour… Et je découvre par connexions (Last.fm est pratique pour ça), retrouvant ce sentiment grisant d’avoir un monde musical nouveau à découvrir, comme quand j’ai découvert le jazz ou les musiques électroniques. Parce que, pour moi, c’est vraiment ça, la musique : découvrir.
Je suppose que tu écoutes du rap depuis longtemps ?
Si j’en écoute depuis longtemps ? peut être mais je n’ai que la vingtaine donc je pense que ça feras tjrs moins que d’autres.
Pour le rejet de la « norme » dont tu parles et qui est au final un « monde musical nouveau à découvrir » c’est assez marrant…avec cette impression qu’en general le fan de rap est presque par definition plus ouvert que celui qui écoute du rock: d’où le trésor de réferences qui surgissent quand on parcours les noms des samples dnas les livret d’albums de rap. je serai ravis de te faire partager quelques mp3 sur msn, à bon entendeur !
Oh, je ne sais pas si un des genres induit une plus ou moins grande ouverture, je pense que ça dépend surtout des personnes. Je n’ai jamais su écouter toujours la même chose, donc forcément, je dois toujours écouter quelque chose de nouveaux, découvrir de nouveaux horizons.
Pourquoi pas découvrir des choses, mais je n’utilise pas MSN…